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Et si les Croisades n’avaient jamais eu lieu?

Et si les Croisades n’avaient jamais eu lieu?

Si les croisades n’avaient jamais eu lieu, dans quel genre de monde vivrions-nous aujourd’hui ? La paix, la compréhension et la bonne volonté règneraient-elles entre Chrétiens et Musulmans ? Le monde islamique serait-il exempt de la suspicion, voire de la pure paranoïa chronique avec laquelle il regarde si souvent ce qui vient de l’Occident ? Après tout, selon Amin Maalouf, « l’on ne peut douter que la cassure entre ces deux mondes date des croisades, ressenties par les Arabes, aujourd’hui encore, comme un viol. » [1]

Ou bien le monde serait-il différent d’une autre manière, plus inattendue ? Le nom de « Mosquée Saint-Pierre de Rome » vous donne-t-il un indice ?

Mythe P.C.: les croisades n’ont servi à rien

En considérant la poursuite ininterrompue du jihad par les Musulmans jusqu’au coeur de l’Europe, l’incapacité des croisés à implanter des états stables ou à maintenir une présence en Terre Sainte et l’hostilité que les croisades ont indubitablement semée non seulement entre Chrétiens et Musulmans, mais aussi entre Chrétiens d’Orient et d’Occident, la plupart des historiens ont conclu que les croisades avaient échoué.

La croix des "croisés"

Après tout, leur objectif avait été de protéger les pèlerins chrétiens en Terre Sainte. C’est la raison pour laquelle les états d’Outre-Mer furent établis. Mais après la deuxième croisade, ces états se retrouvèrent très amoindris, et leur situation alla en s’aggravant ; après 1291, on n’en trouve plus trace. Et les croisés n’empêchèrent pas non plus que les guerriers musulmans passent en Europe.

Cependant, on peut noter que le niveau de l’impulsion islamique en Europe a diminué de manière significative pendant l’ère des croisades. Les conquêtes de l’Espagne, du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, le premier siège de Constantinople, tous ces faits sont antérieurs à la première croisade. Les batailles de Kosovo Polje et de Varna, qui annoncèrent le retour de l’expansionnisme islamique en Europe de l’Est, ont eu lieu après l’effondrement des derniers domaines croisés au Moyen-Orient.

Qu’accomplirent les croisades ? Grâce à elles, l’Europe gagna du temps et ce délai a peut-être fait la différence, en lui permettant de se relever et de recouvrer son éclat au lieu de disparaître et de connaître la dhimmitude. Si Godefroy de Bouillon, Richard Cœur de Lion et tant d’autres n’avaient pas risqué leur vie pour défendre l’honneur du Christ et de l’Église à des milliers de kilomètres de chez eux, les jihadistes auraient presque certainement déferlé sur l’Europe bien plus tôt. Non seulement les forces croisées les immobilisèrent à une période cruciale, les forçant à combattre pour la possession d’Antioche et Ascalon plutôt que de Varna et Vienne, mais en plus elles rassemblèrent des armées qui n’auraient pas existé sinon. L’appel du pape Urbain fédéra des hommes autour d’une cause ; si cette cause n’avait pas existé, ou si personne ne l’avait fait connaître à travers l’Europe, beaucoup de ces hommes n’auraient jamais été des soldats. Ils auraient été bien mal préparés pour repousser une invasion musulmane de leur patrie.

Les croisades ont en définitive été la raison pour laquelle la vision d’Edward Gibbon de « l’interprétation du Coran (…) enseignée dans les collèges d’Oxford » ne s’est jamais accomplie.

Ce n’est pas négligeable. C’est de l’Europe chrétienne, après tout, quoique l’establishment PC soit peu enclin à le reconnaître, que sont venus la plupart des découvertes et progrès scientifiques, technologiques et philosophiques. Nous avons déjà examiné l’une des principales raisons pour lesquelles la science s’est développée dans le monde chrétien plutôt que dans le monde musulman : les Chrétiens croient en un univers logique et cohérent régi par un Dieu bienveillant ; les Musulmans croient en univers régi par un Dieu dont la volonté est si absolue que la logique et la cohérence en sont exclues.

Mais les implications de cette différence philosophique majeure ne pourraient avoir vu le jour sans la liberté. Cette liberté n’était disponible ni pour les Chrétiens ni pour les autres non-Musulmans ayant l’infortune de vivre sous le joug islamique. En fait, toutes les communautés qui au cours des siècles tombèrent sous la domination musulmane furent finalement réduites à l’état de minuscules minorités, sans caractère culturel propre – et ce quelles qu’aient été leur taille et l’éclat de leurs accomplissements antérieurs à la conquête musulmane. Bien sûr, peu de peuples conquis ont évité ce sort. Les seuls peuples qui échappèrent à la dhimmitude musulmane sont ceux qui surent résister au jihad islamique : les Chrétiens d’Europe et les Hindous d’Inde.

D’autres ne furent pas si chanceux.

Robert spencer, du site jihadwatch.org, est l'auteur de cet article, traduit de l'anglais

Cas d’école: les Zoroastriens

Aurait-ce vraiment été si terrible, si les Musulmans avaient conquis l’Europe ? Après tout, les Chrétiens auraient toujours pu y pratiquer leur religion. Ils auraient juste dû supporter un peu de discrimination, non ?

Bien qu’ « un peu de discrimination » soit tout ce que la plupart des apologistes veuillent bien reconnaître dans la dhimmitude, les effets à long terme de la dhimma furent bien plus funestes que cela pour les non-Musulmans. Des siècles après la conquête musulmane de l’Égypte, la grande majorité des gens y était toujours chrétiens, de rite copte. Et pourtant de nos jours les Coptes représentent à peine 10% de la population égyptienne.

Le récit est le même pour toute communauté non-musulmane qui soit entièrement passée sous domination islamique.

Les Zoroastriens, ou Parsis, sont les fidèles du prêtre et prophète perse Zoroastre, ou Zarathoustra (628—551 avant J.-C.). Avant l’arrivée de l’Islam, le Zoroastrisme (ou Mazdéisme) fut longtemps la religion officielle de la Perse (de nos jours, l’Iran), et fut même la religion dominante lorsque l’empire perse s’étendait de la mer Égée aux rives de l’Indus. On trouvait des Zoroastriens depuis la Perse jusqu’en Chine. Mais après la conquête islamique de la Perse, les Zoroastriens se virent assigner le statut de dhimmi et firent l’objet de cruelles persécutions, et souvent de conversions forcées. Beaucoup se réfugièrent en Inde pour échapper à l’emprise musulmane, pour s’y retrouver à nouveau la proie des jihadistes lorsque les Musulmans commencèrent à s’avancer en Inde.

Les souffrances endurées par les Zoroastriens sous la coupe de l’Islam ressemblent de façon saisissante à celles connues par les Juifs et les Chrétiens un peu plus à l’ouest, et elles perdurèrent à l’époque moderne (et jusqu’à ce jour même, sous la mollahcratie iranienne). En 1905, un missionnaire du nom de Napier Malcolm publia un livre dans lequel il relatait ses aventures parmi les Zoroastriens de la ville persane de Yazd.

Cérémonie religieuse chez les Zoroastriens

Jusqu’en 1895, aucun Parsi (Zoroastrien) n’était autorisé à porter un parapluie. Et encore du temps où j’étais à Yazd, ils ne pouvaient en utiliser en ville. Jusqu’en 1895 existait une forte interdiction quant aux monocles et aux lunettes; jusqu’en 1885, il leur était interdit de porter des bagues ; leurs ceintures devaient être faites de grosse toile, mais après 1885 toute étoffe blanche fut autorisée.Jusqu’en 1896 les Parsis avaient l’obligation d’entortiller leurs turbans plutôt que de les plier. Jusqu’en 1898, seuls le brun, le gris, et le jaune étaient admis pour leur qaba [manteau externe] ou leur arkhaluq [sous manteau] (vêtements de corps), mais par la suite toutes les couleurs leur furent permises à l’exception du bleu, du noir, du rouge vermillon et du vert. Il y avait également une interdiction sur les bas blancs, et jusqu’aux environs de 1880 les Parsis devaient porter un genre particulier de chaussures particulièrement affreuses, aux extrémités retroussées. Ils durent porter un chapeau déchiré jusqu’en 1885. Jusqu’en 1880, ils durent porter une sorte de culotte serrée et unie au lieu du pantalon. Jusqu’en 1891, les Zoroastriens ne pouvait que marcher s’ils étaient en ville, et même dans le désert ils devaient descendre de cheval s’ils venaient à rencontrer un Musulman de quelque rang que ce soit. Durant le temps où je fus à Yazd, ils furent autorisés à se déplacer à cheval dans le désert et à ne mettre pied à terre que s’ils rencontraient un Musulman de haut rang. Il y avait encore d’autres restrictions vestimentaires, trop nombreuses et trop futiles pour être mentionnées.

Et puis les maisons des Parsis et des Juifs, et leurs murs d’enceinte, devaient être construits si basses que le dessus puisse en être atteint par un Musulman tendant le bras ; cependant, ils pouvaient creuser et les bâtir au-dessous du niveau de la route. (…) Jusqu’aux environs de 1860, les Parsis ne pouvaient pas faire de commerce. Ils cachaient donc des marchandises dans leurs caves, et les vendaient en secret. Ils peuvent maintenant négocier dans les caravansérails et les hôtelleries, mais pas dans les bazars, et ils ne peuvent pas vendre d’étoffe en lin. Jusqu’en 1870, ils n’étaient pas autorisés à avoir d’école pour leurs enfants.

Le montant de la jizyah , ou taxe sur les infidèles, diffère selon la richesse de chaque Parsi, mais n’est jamais inférieur à deux toman [10.000 dinars]. Un toman vaut maintenant à peu près trois shillings et huit pence, mais cela représentait beaucoup plus par le passé. Même maintenant, alors que l’argent s’est beaucoup déprécié, cela représente 10 jours de salaire d’un ouvrier. La somme doit être payée sur le champ, lorsque le farrash [littéralement, un balayeur de tapis ; en réalité un domestique, oeuvrant principalement à l’extérieur] qui fait office de percepteur est rencontré. Le farrash a la liberté de faire ce qui lui plait lorsqu’il collecte la jizyah. L’homme (l’infidèle qui se voit imposé) n’est pas autorisé à rentrer chez lui pour chercher l’argent et peut être battu immédiatement jusqu’à ce qu’il paie. Vers 1865, un farrash qui collectait cet impôt attacha ensemble un homme et un chien, et donna des coups à l’un et l’autre à tour de rôle.

Vers 1891 un mujtahid attrapa sur une des places publiques de la ville un marchand zoroastrien qui portait des bas blancs. Il ordonna que l’homme soit battu et que ses bas lui soient enlevés. Vers 1860, un homme d’une septantaine d’années se rendit au bazar vêtu d’un pantalon de grosse toile blanche. Il fut tabassé, et renvoyé chez lui son pantalon sous le bras. Parfois, des Parsis furent forcés à rester debout sur une jambe dans la maison d’un mujtahid jusqu’à ce qu’ils consentent à payer une somme d’argent considérable. [2]

Que produit le fait d’être forcé à vivre de cette façon durant une longue période ? La réponse est dans les chiffres : Après presque 1.400 ans de vie en tant que dhimmis et d’observation de la vraie nature de la « tolérance islamique », les Zoroastriens constituent aujourd’hui moins de 2% de la population iranienne (et moins encore en Inde où ils se réfugièrent). D’Afghanistan, où le Zoroastrisme prospérait aussi par le passé, les Zoroastriens sont aujourd’hui virtuellement absent. Ce n’est pas une surprise : la conversion à l’Islam fut bien souvent la seule façon pour ces gens persécutés de pouvoir espérer vivre une vie décente.

représentation artistique de croisés

Si les croisés n’avaient pas retenu les Musulmans, et que les jihads islamiques étaient finalement venu à bout de la chrétienté, les Chrétiens d’Europe auraient-ils fini eux aussi par former une insignifiante minorité, comme leurs coreligionnaires du Moyen-Orient (où le Christianisme fut autrefois dominant) et comme les Zoroastriens ? Les accomplissements de la civilisation chrétienne européenne auraient-ils été eux aussi tenus pour billevesées, ainsi que les sociétés islamiques tendent à considérer la « période d’ignorance préislamique » de leur passé ?

Les concepts d’égalité de droits et de dignité pour tous les hommes, qui émergèrent du Christianisme et qui sont en conflit de plusieurs façons avec la loi islamique, seraient-ils connus de nos jours en Europe et en Amérique ?

Cas d’école: les Assyriens

Nous retrouvons plus ou moins la même histoire avec l’Église Assyrienne d’Orient. C’est l’ancienne Église d’Edesse, la ville qui devait devenir le centre du premier royaume latin établi par les croisés. Aux IVème et Vème siècles, les relations de cette église avec ses sœurs plus occidentales se firent de plus en plus tendues, jusqu’à ce qu’en 424 l’Église d’Orient déclare finalement lors d’un synode que son chef, le Catholicos de Séleucie-Ctésiphon (la capitale perse), ne reconnaissait plus l’autorité des Églises de Rome ou d’Antioche, et se considérait leur égal. Par la suite, les Assyriens adoptèrent quant à la nature du Christ les opinions de Nestor, patriarche de Constantinople destitué pour hérésie par le troisième concile œcuménique réuni à Ephèse en 431. Cela éloigna plus encore les Assyriens des Chrétiens byzantins et latins. Après 424 et pendant des siècles, les Assyriens n’eurent plus que peu ou pas de contact avec les grandes Églises de Constantinople et de Rome.

Durant ces siècles, les Assyriens s’avérèrent compter parmi les plus énergiques missionnaires que la Chrétienté ait jamais connus. À une certaine époque, l’Église Nestorienne étendait son influence depuis la Méditerranée jusqu’à l’Océan Pacifique. Des Chrétiens nestoriens pouvaient être trouvés partout en Asie centrale ainsi que dans l’Empire byzantin, et en particulier au Moyen-Orient et en Égypte. À leur apogée, les Assyriens entretenaient des évêchés métropolitains en Azerbaïdjan, en Syrie, à Jérusalem, à Pékin, au Tibet, en Inde, à Samarkand, à Edesse et en Arabie (à Sana, au Yémen actuel), ainsi que des églises d’Aden à Bombay et Shanghai. Le missionnaire nestorien Alopen alla prêcher l’évangile en Chine en 635 ; la première église chinoise fut terminée trois ans plus tard. Au VIIIème siècle, il se trouvait suffisamment de croyants nestoriens en Chine pour que plusieurs diocèses y soient constitués ; un empereur chinois appela le Christianisme « la doctrine lumineuse » et favorisa sa croissance.

Cependant, les nuages annonçant la tempête s’accumulaient à l’horizon. À la fin du VIIème siècle, le calife Muawiya II (683-684) recourut à la persécution et détruisit de nombreuses églises lorsque le Catholicos refusa de lui livrer de l’or. Les exactions continuèrent sous le calife Abd al-Malik (685-705). Le calife abbasside al-Mahdi (775-786) remarqua que les Assyriens avaient bâti de nouvelles églises depuis la conquête musulmane, en violation des lois de la dhimma, le « pacte de protection » ; il ordonna leur destruction. Cinq mille Chrétiens de Syrie se virent offrir le choix entre la conversion à l’Islam et la mort. Le successeur d’al-Mahdi, Haroun al-Rachid (786-809), fit détruire d’autres églises encore. Un demi-siècle plus tard, le calife al-Mutawakkil (847-861) entreprit la persécution systématique de l’Église. Des émeutiers et des foules avides de pillage prirent pour cible les Chrétiens de Bagdad et des environs à plusieurs reprises aux IXème et Xème siècles. Nombre des églises détruites et des Chrétiens pris pour victimes appartenaient au culte assyrien. À la même époque, en Chine, un nouvel empereur lança de si cruelles persécutions que des missionnaires nestoriens déclarèrent avoir trouvé une Église totalement anéantie lors d’une visite qu’ils y firent en 981. L’Église Assyrienne continua néanmoins d’attirer un grand nombre de convertis, entre autres parmi les Turcs, et maintint une présence en Chine. À la fin du XIIIème siècle, un Nestorien fut gouverneur de la province chinoise du Gansu.

Les Assyriens souffrirent à nouveau lorsque les Musulmans reprirent Antioche aux croisés en 1268. Beaucoup d’entre eux furent réduits en esclavage, et leurs églises furent démolies ; un évêque assyrien fut lapidé, et son corps exposé aux portes de la ville, en guise d’avertissement aux Chrétiens. Suite à d’autres attaques menées par les Arabes, les Kurdes et les Mongols durant les XIIème et XIIIème siècles, un nombre incalculable d’Assyriens furent tués ou asservis. Mais le pire fut le fait du chef mongol Tamerlan, qui, dévoué Musulman, mena de furieuses campagnes de jihad contre les Nestoriens et dévasta leurs villes et leurs églises. Ce fut une guerre totale contre les Chrétiens assyriens : Tamerlan leur offrit le choix entre la conversion à l’Islam, la dhimmitude, ou la mort. En 1400, les vastes domaines nestoriens n’étaient plus ; le Christianisme avait presque totalement disparu de Perse, d’Asie Centrale et de Chine. [3]

Après cela, pratiquement tous les Nestoriens vécurent comme dhimmis sous la férule musulmane. Et, comme celle des Zoroastriens, leur communauté s’étiola, finissant, sous le poids implacable de cette injustice institutionnalisée qu’est la dhimma, par ne plus constituer qu’un insignifiant vestige.

Si les Chrétiens d’Europe avaient subi le même sort, il est fort possible que le monde n’aurait jamais pu connaître les œuvres de Dante Alighieri, ou de Michel-Ange, ou de Léonard de Vinci, ou de Mozart, ou de Bach. Il est probable que ni un El Greco, ni un Giotto, ni un Olivier Messiaen n’auraient vu le jour. Une communauté qui doit dépenser toute son énergie juste pour survivre s’intéresse difficilement aux arts et à la musique.

Peut-être les croisades ont-elles en fait rendu possible le plein épanouissement de la civilisation européenne.

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[1] Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, conclusion de l’ouvrage (p. 304 dans l’édition de poche chez J’ai Lu )
[2] Napier Malcolm, «Five Years in a Persian Town» (New York: E. P. Dutton, 1905), 45-50. Cité par Andrew G. Bostom dans «The Islamization of Europe», FrontPageMagazine.com, 31 décembre 2004.
[3] E. A. Wallis Budge (traduction), «The Monks of Kublai Khan, Emperor of China», The Religious Tract Society, 1928.

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Le jihad se poursuit

Le jihad se poursuit

Voici un test. Laquelle de ces deux déclarations date du XIe siècle, et laquelle du XXIe?

« Oh Dieu, hisse la bannière de l’Islam et de son auxiliaire et discrédite le polythéisme en ployant son échine et en brisant son emprise. Aide ceux qui font le jihad en Ton nom et qui, en T’obéissant, se sacrifient et Te vendent leur âme. (…) Puisqu’ils persistent dans l’égarement, puissent les yeux des adeptes du polythéisme devenir aveugles aux voies de la rectitude » [1]

« Nous demandons à Allah de transformer ce Ramadan en un mois de gloire, de victoire et de puissance, de hisser haut la bannière de la religion [en ce mois], de renforcer l’Islam et les Musulmans, d’humilier le polythéisme et les polythéistes, de faire flotter l’oriflamme du monothéisme, de planter fermement l’étendard du jihad et de frapper les dépravés et les entêtés. . » [2]

Le premier paragraphe est dû à l’érudit islamique du XIe siècle Ibn al-Mawsilaya. Le cheik d’al Qaida Aamer ben Abdallah composa le second en 2004.

Si vous avez échoué dans ce petit test, ne vous inquiétez pas. Après tout, les deux paragraphes sont extrêmement similaires – et ce n’est pas par accident. Les mouvements jihadistes actuels s’inspirent volontairement de l’exemple des antiques guerriers du jihad et invoquent fréquemment leur souvenir. « Pendant le mois de Ramadan », écrivait en 2001 Fouad Mukheimar, secrétaire général de l’association égyptienne de la Charia, « une importante victoire musulmane fut remportée sur les Croisés par [Salah Al-Din] Al-Ayubi (Saladin). Ses conseillers lui avaient recommandé de suspendre le jihad pendant le mois de jeûne, mais Saladin insista pour le continuer pendant le Ramadan parce qu’il savait (…) que le jeûne aide à remporter la victoire, parce que pendant le Ramadan les Musulmans se surpassent par le jeûne, et ainsi la victoire sur leurs ennemis est certaine. Le jeûne leur donne détermination, héroïsme et volonté. (…) Saladin répondit à ses conseillers : ‹ la vie est courte. › Allah apprit la loyauté [de Saladin] et celle de ses soldats, et leur donna une victoire décisive. Ils prirent la forteresse de Safed, la plus importante citadelle des croisés, au milieu du mois de jeûne. [Saladin] conquit les terres d’Al-Sham [la grande Syrie] et purgea Jérusalem de la tyrannie et de la souillure des croisés. » [3] Mukheimar fait aussi référence à la bataille de Badr et à d’autres mêlées historiques pour exhorter les Musulmans d’aujourd’hui à imiter Mahomet et Saladin et à mener eux-mêmes le jihad.

C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les jihadistes qualifient d’ordinaire les troupes américaines de « croisés ». De leur point de vue, la guerre contre le terrorisme qui a commencé pour les Américains le 11 septembre 2001 n’est que le dernier développement d’un conflit en cours depuis plus de mille ans.

Dans quel but combattent-ils ?

Dans leur optique, ce conflit doit déboucher sur l’hégémonie de l’Islam. Pour reprendre les termes d’Oussama ben Laden, les guerriers du jihad du monde entier luttent « pour que le verbe d’Allah et sa religion règnent en maître » [4]

Ceci implique le rétablissement intégral de la loi islamique dans les pays musulmans et surtout, la restauration du califat.

Comme nous l’avons vu, le calife était (dans l’Islam sunnite) le successeur de Mahomet et le chef de la communauté musulmane; le gouvernement turc laïc mis en place par Kemal Atatürk a supprimé le califat en 1924. La théologie islamique ne fait aucune distinction entre le spirituel et le temporel et, pour les Musulmans sunnites, le calife représentait une sorte de combinaison entre un généralissime et un pape, bien qu’il n’ait jamais possédé une autorité spirituelle comparable à celle du pape. Le mécène de Michel-Ange, le pape Jules II, a ainsi l’honneur douteux de figurer dans l’Histoire en tant que l’unique « pape guerrier ». Mais en Islam, l’écrasante majorité des successeurs du prophète furent des califes guerriers.

Beaucoup de groupes jihadistes modernes font remonter le début de tous les maux du monde islamique à la désintégration de l’unité musulmane qui résulta, selon eux, de la suppression du califat.

Le début de nos peines…

Cette harangue du groupe musulman international Hizb ut-Tahrir montre la profondeur de l’anxiété que les jihadistes ressentent face à la perte du califat, dont ils attribuent la responsabilité à Kemal Atatürk, « un agent des Anglais » :

C’était un jour comme celui-ci, il y a 79 ans, et plus précisément le 3 mars 1924, que les kouffars [incroyants] purent récolter les fruits des efforts qu’ils déployèrent inlassablement durant plus de cent ans, complotant et planifiant sans relâche. Cela se produisit lorsqu’un agent anglais criminel, Mustafa Kemal (soit disant Atatürk, le « Père des Turcs » !) annonça que l’Assemblée Nationale avait consenti à abolir le Califat, et qu’il proclama l’établissement d’une république turque laïque, irréligieuse, après s’être lavé les mains de toute responsabilité quant au reste des contrées islamiques occupées par les kouffars durant la première guerre mondiale.

Depuis ce jour, la oumma islamique a connu des calamités sans nombre ; elle a été fractionnée en petits États totalement contrôlés par les ennemis de l’islam. Les Musulmans ont été opprimés et sont devenus l’objet du mépris des kouffars au Cachemire, aux Philippines, en Thaïlande, en Tchétchénie, en Irak, en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan, en Palestine et en d’autres territoires appartenant aux Musulmans, jusqu’à ce que le sort des Musulmans soit devenu un sujet d’études et de statistiques. Entre autres désastres, des milliers d’entre eux ont été tués, des millions spoliés, et l’honneur de dizaines de milliers d’entre eux a été sali. En lisant la presse ou en écoutant les nouvelles, on découvre toujours les Musulmans victimes de l’oppression, de l’humiliation et de massacres ; cet aspect domine tous les récits.

La oumma [la communauté musulmane, au sens large] n’est plus dans la même situation que lorsque flottait sur elle la bannière de l’Islam, lorsqu’elle était gouvernée par le système du califat qui unissait les Musulmans. Elle n’était pas divisée comme aujourd’hui par des frontières dessinées par les colonialistes kouffars, ni dispersée par des lois d’établissement oppressives. Le Musulman d’alors voyageait d’un coin à l’autre des territoires musulmans sans que personne ne lui demande son identité, ou le considère comme un étranger. Lorsque le califat existait, les Musulmans étaient témoins de la puissance de l’Islam au travers de celle du califat. Ils dirigeaient le monde sous la bannière du califat qui appliquait l’Islam et en transmettait le message – guide et lumière pour le monde. Et maintenant, où est le califat ? Il existait autrefois, mais il a été détruit et aboli en tant que système.

Ce furent des nuits cruciales que celles pendant lesquelles l’entité politique des Musulmans fut détruite. Alors, la oumma islamique aurait dû lever son glaive face à cet agent renégat qui changea le Dar-al-Islam en Dar-al-Kufr et concrétisa pour les kouffars un rêve qu’ils caressaient depuis longtemps. Mais la oumma islamique était accablée, au plus profond du déclin. C’est ainsi que le crime put avoir lieu ; les kouffars resserrèrent leur emprise sur les territoires islamiques et les mirent en pièces. Ils sectionnèrent la oumma unique en nationalités, ethnies et tribus ; ils démembrèrent le pays unique en patries et régions qu’ils séparèrent par des frontières et des barrières. Au lieu d’un seul État, le califat, ils établirent des nations artificielles, et y installèrent comme dirigeants des agents chargés d’exécuter les ordres de leurs maîtres kouffars. Ils évacuèrent la charia islamique du domaine de la politique, de l’économie, des relations internationales, des affaires domestiques et de la justice. Ils dissocièrent le deen [la foi islamique] de l’État et le cantonnèrent à certains rituels, comme ceux du Christianisme. Ils s’attachèrent à détruire la culture islamique, à exclure les idées islamiques, pour les remplacer par la culture et la pensée occidentales.

Une seule chose résoudra ce problème…

Un nouveau calife et la restauration de l’unité islamique sont les seules choses qui peuvent soigner ces maux. Allah désire, dit le document d’Hizb ut-Tahrir, « que la oumma islamique se réveille, stoppe son déclin et se rende compte que son salut ne viendra que du rétablissement du califat. » [5]

Quand les combattants jihadistes affluèrent en Irak en 2003, désireux d’en découdre avec les troupes américaines, le mollah Mustapha Krekar, guide spirituel du groupe terroriste Ansar al-Islam réfugié en Norvège [6], situa leur lutte dans un contexte religieux plus vaste : « La résistance est non seulement une réaction à l’invasion américaine, mais fait aussi partie de la lutte islamique permanente depuis l’effondrement du califat. Toutes les luttes islamiques engagées depuis lors s’inscrivent dans un effort organisé pour rétablir le califat. » [7]

Le père spirituel de tous les radicaux musulmans d’aujourd’hui, l’Égyptien Hasan al-Banna (1906-1949), dénonça la fin du califat parce qu’il séparait « l’État de la religion dans une contrée qui était jusque récemment le lieu de résidence du commandeur des croyants. » Al-Banna voyait dans la fin du califat un élément d’une plus grande « invasion occidentale, armée de toutes [les] influences destructrices de l’argent, de la richesse, du prestige, de l’ostentation, du pouvoir et de la propagande. » [8] Al-Banna mit sur pied la première association jihadiste moderne, l’organisation des Frères Musulmans.

Un autre théoricien musulman influent, Sayyid Abul Ala Maududi (1903-1979), fondateur du parti pakistanais pur et dur Jamaat-e-Islami [Parti Musulman], envisageait la création d’un État islamique unifié qui s’étendrait progressivement à tout le sous-continent indien et au-delà: «Le Parti Musulman ne manquera pas d’apporter aux citoyens d’autres pays l’appel à embrasser la foi qui contient pour eux la promesse du véritable salut et d’un authentique bonheur. Même s’il n’en est pas ainsi, dès que le Parti Musulman disposera des ressources appropriées, il éliminera les régimes non islamiques et établira un gouvernement islamique à leur place.» C’est, selon Mawdudi, exactement ce que firent Mahomet et les premiers califes. « C’est la même politique qui a été appliquée par le Saint Prophète (que la paix d’Allah soit sur lui) et ses successeurs, les illustres califes (puisse Allah être satisfait d’eux). L’Arabie, où le Parti Musulman fut fondé, fut le premier pays soumis et placé sous l’autorité de l’Islam. » [9]

La restauration du califat ainsi que l’expansion de la domination de l’Islam et de sa loi étaient également les buts visés par Oussama Ben Laden et les talibans. En 1996, le mollah Omar était drapé dans la cape de Mahomet, conservée dans un sanctuaire d’Afghanistan, pendant que les talibans le proclamaient « nouveau calife » et « Emir ul-Momineen » (« commandeur des croyants). En mai 2002, un fonctionnaire des États-Unis indiquait que leur plan consistait à « prendre le contrôle de tout le pays » afghan, puis à « étendre le califat ». [10]

Des rêves de califat en Grande-Bretagne et aux États-Unis

De telles idées circulent déjà depuis longtemps en Occident. En 1999, Abu Hamza al-Masri, alors imam de la mosquée de Finsbury Park à Londres, prit la parole lors d’une conférence consacrée à déplorer le 75e anniversaire de la destruction du califat. « L’Islam a besoin de l’épée », affirma-t-il aux 400 Musulmans présents, criant « Allahou Akbar » [Allah est le plus grand]. « Celui qui a l’épée, il aura la Terre ». [11]

Abu Hamza était proche d’Omar Bakri et de l’organisation musulmane britannique maintenant démantelée Al-Muhajiroun. Bakri proclamait son désir de voir « le drapeau noir de l’Islam » – c’est-à-dire l’étendard de bataille du jihad – « flotter au-dessus de Downing Street ». Comme Bakri et Al-Muhajiroun en Grande-Bretagne, Shaker Assem et le Parti de la Libération Islamique (Hizb ut-Tahrir) œuvrent en Allemagne au rétablissement du califat et à l’instauration de la charia. Comme le déclare Assem, « les gens qui disent qu’il y a antagonisme entre la charia et la démocratie occidentale ont raison ». [12]

Et en Amérique ? Recueillons donc l’avis du principal lobby musulman d’Amérique, le Conseil des relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations, CAIR). Son président Omar Ahmad tint ce discours à une assistance musulmane en 1998 : « l’Islam n’est pas en Amérique pour y devenir l’égal des autres confessions, mais pour y devenir la foi dominante. Le Coran (…) doit devenir la plus haute autorité en Amérique, et l’Islam la seule religion tolérée sur terre. » [13] Ahmad a depuis lors prétendu avoir été mal cité, ce que réfute la journaliste qui l’a entendu.[14] Le porte-parole du CAIR, Ibrahim Hooper, fut presque aussi direct qu’Ahmad, indiquant au Minneapolis Star Tribune : « Je ne voudrais pas donner l’impression que je ne souhaite pas que le gouvernement des États-Unis devienne islamique un jour ou l’autre. Mais je ne ferai rien de violent pour encourager cela. J’agirai par l’éducation. » [15]

Par l’éducation, pas par la violence, dites-vous, M. Hooper? Merci, nous voilà soulagés.

Khomeiny à Dearborn et Dallas

En novembre 2004, à Dearborn, Michigan, des Musulmans organisèrent une manifestation anti-américaine et anti-israélienne. Les manifestants promenèrent une grande maquette de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, et arborèrent des pancartes ornées de slogans tels que « États-Unis, pas touche aux terres musulmanes. » Mais l’image la plus interpellante était celle de deux Musulmanes portant un grand portrait de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny.

Le mois suivant, l’Organisation des Musulmans de Metroplex [16], au nord du Texas, rendit un « hommage au grand visionnaire islamique », l’ayatollah Khomeiny, à Irving, un faubourg de Dallas, au Texas. [17]

Khomeiny, un héros ? Aux États-Unis? Que des Musulmans vivant en Amérique le vénèrent est révélateur, car la victoire de Khomeiny en Iran en 1979 incarna l’idée que la loi islamique est supérieure à toute autre et doit être imposée par la force. Selon les mots de Khomeiny lui-même, « de par l’Islam, il incombe à tous les mâles adultes, s’ils ne sont pas handicapés ou invalides, de se préparer à la conquête, de sorte que le mandat de l’Islam soit respecté dans chaque pays du monde. Ceux qui étudient la guerre sainte islamique comprendront pourquoi l’Islam veut conquérir le monde entier. » Le but de cette conquête serait d’établir l’hégémonie de la loi islamique. Comme Khomeiny le dit : « Quel bien cela ferait-il que nous (c.-à-d. les Mollah) demandions que la main du voleur soit coupée, ou que la femme adultère soit lapidée, si nous (les mollah) ne pouvons que conseiller de telles punitions et n’avons pas le pouvoir de les mettre en application ? »

Puis il infligea un démenti flagrant à la foule des partisans bêlant de l’Islam-religion-de-paix : « Ceux qui ne connaissent rien à l’Islam prétendent que l’Islam déconseille de faire la guerre. Ceux [qui disent cela] sont des sots. L’Islam dit : Tuez tous les infidèles tout comme ils vous tueraient tous ! Cela signifie-t-il que les Musulmans devraient attendre d’être submergés [par les Infidèles]? L’Islam dit : Tuez-les, passez-les par le fil de l’épée et dispersez [leurs armées] (…) L’Islam dit : Quelque bien qui soit existe grâce à l’épée et à l’ombre de l’épée ! On ne peut faire obéir les gens qu’avec l’épée ! L’épée est la clef du paradis, qui ne peut être ouvert que pour les guerriers saints ! Il y a des centaines d’autres versets [coraniques] et de hadiths [paroles du prophète] invitant les Musulmans à tenir la guerre en estime et à combattre. Tout ceci signifie-t-il que l’Islam est une religion qui empêche les hommes de faire la guerre? Je crache sur les âmes stupides qui font pareille allégation. » [18]

L’état basé sur la charia qu’envisageait Khomeiny n’était pas de ceux qui garantissent des droits égaux pour tous. En 1985, Saeed Rajai Khorassani, le délégué permanent aux Nations unies de la République islamique d’Iran, déclarait que « le concept même des droits de l’homme était “une invention Judéo-chrétienne” et inadmissible dans l’Islam. (…) selon l’ayatollah Khomeiny, le fait que l’Iran ait fait partie du groupe de nations pionnières ayant rédigé et approuvé la déclaration universelle des droits de l’homme était un ‹des plus ignobles› péchés du shah.» [19]

Les manifestations pro-Khomeiny de Dearborn et Dallas indiquent que les vues de l’ayatollah sur la société sont bien vivantes dans l’Amérique d’aujourd’hui. Et qu’il est dangereusement naïf de supposer que tous les Musulmans acceptent automatiquement et sans remise en question le pluralisme américain et l’idée d’un État qui ne soit pas régi par la loi religieuse. Où les Musulmans américains se situent-ils quant à la doctrine de Khomeiny – et combien d’entre eux y adhèrent ? Ces questions restent taboues dans les principaux médias. Mais si le vieil homme du portrait de Dearborn pouvait parler, il se pourrait qu’il dise : « Ignorez-moi à vos risques et périls. »

Une petite minorité d’extrémistes?

Donc, certains Musulmans veulent instaurer des gouvernements islamiques en Occident. Mais ils ne forment qu’une minuscule minorité ? La plupart des Musulmans vivant en Occident se plaisent dans la société occidentale… non ?

L’expert en terrorisme Daniel Pipes estime que 10 à 15% des Musulmans dans le monde approuvent les ambitions des jihadistes. [20] Mais, dans diverses régions du monde islamique, des signes indiquent que le nombre réel des défenseurs du jihad moderne pourrait être plus élevé. Le leader musulman modéré américain Kamal Nawash affirma durant l’émission « The O’Reilly Factor » en août 2004 que 50% des Musulmans dans le monde soutiennent le jihad. [21] Pendant un procès relatif au financement du terrorisme en février 2005, Bernard Haykel, professeur en recherches islamiques à l’université de New York, déclara : « Il y a plus d’un milliard de Musulmans dans le monde arabe (*), dont 90% supportent le Hamas » [22] – l’organisation islamique terroriste qui envoie des bombes humaines tuer des civils dans les autobus et les restaurants pour faire avancer la cause d’un État islamique palestinien. Imran Waheed, le porte-parole londonien du groupe international jihadiste « pacifique » Hizb ut-Tahrir avança en mai 2005 : « Je crois que 99% des Musulmans où qu’ils soient dans le monde désirent la même chose, un califat pour les diriger. » [23]

Selon un sondage effectué au Pakistan en 2004 par le Pew Research Center, « 65% des personnes interrogées sont partisans d’Oussama et une majorité relative de 47% estiment que les attentats suicides palestiniens contre les Israéliens sont justifiés. En outre, 46% pensent que les attaques d’occidentaux en Irak sont légitimes. »[24]

Rétablissement de l’unité musulmane

Un des principaux regrets de l’ Hizb ut-Tahrir est le manque d’unité des Musulmans ; à la bonne vieille époque du califat, la oumma [communauté] musulmane « n’était pas divisée comme aujourd’hui par des frontières dessinées par les colonialistes kouffars ».

Les jihadistes considèrent cette unité comme essentielle, en partie parce que le triomphe de Saladin sur les croisés n’eut lieu qu’après qu’il eut regroupé la majeure partie du monde musulman. Avant Saladin, les croisés avaient pu jouer sur les dissensions entre les abbassides sunnites de Bagdad et les fatimides chiites du Caire, entrant même dans de perfides alliances avec les uns contre les autres. Mais en 1171, Saladin permit que l’appel à la prière résonne à travers le Caire au nom du calife abbasside ; les fatimides furent renversés, et le monde islamique réunifié. [25] Certaines des victoires les plus retentissantes remportées sur les croisés ne furent possibles que grâce à cette unité, et les jihadistes d’aujourd’hui n’ont pas oublié cette leçon.

 

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[1] Cité par Carole Hillenbrand, “The Crusades: Islamic Perspectives”, Oxford: Routledge, 2000, p.165.
[2] Institut de recherche médiatique du Moyen-Orient (MEMRI), «Le magazine Internet Sawt Al-Djihad appelle à l’intensification du combat pendant le mois de Ramadan, ‹mois du djihad›», Dépêche spéciale N° 804, 22 octobre 2004. http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=subjects&Area=jihad&ID=SP80404#_edn1
[3] Institut de recherche médiatique du Moyen-Orient (MEMRI), «Un religieux égyptien: ‹Le Ramadan, mois du djihad›», Dépêche spéciale N° 308, 5 décembre 2001. http://memri.org/bin/french/opener.cgi?Page=archives&ID=SP30801
[4] “Full text: bin Laden’s ‘letter to America,’” Guardian, 24 novembre 2002 http://observer.guardian.co.uk/worldview/story/0,11581,845725,00.html
[5] Hizb ut-Tahrir, “The Khilafah was destroyed in Turkey 79 years ago; so let the Righteous Khilafah be declared again in Turkey”, 22 février 2003.
[6] Mustapha Krekar y fait actuellement l’objet d’une procédure d’expulsion (NdT)
[7] Neil MacFarquhar, “Rising Tide of Islamic Militants See Iraq as Ultimate Battlefield,” New York Times, August 13, 2003.
http://www.hvk.org/articles/0803/128.html
[8] Brynjar Lia, The Society of the Muslim Brothers in Egypt (Ithaca, NY: Ithaca Press, 1998), 28.
[9] Syed Abul Ala Maududi, “Jihad in Islam,” Discours prononcé à Lahore, 13 avril 1939
[10] Craig Pyes, Josh Meyer, and William C. Rempel, “Officials Reveal Bin Laden Plan,” Los Angeles Times, 18 mai 2002.
[11] Daniel Simpson, “British Moslem radicals urge Islamic fightback”, Reuters, 6 mars 1999
[12] Steve Zwick, “The Thinker”, in “The Many Faces of Islam,” Time Europe, 16 décembre 2002. http://www.time.com/time/europe/magazine/article/0,13005,901021216-397459,00.html
[13] Lisa Gardiner, “American Muslim leader urges faithful to spread Islam’s message,” San Ramon Valley Herald, July 4, 1998 http://www.danielpipes.org/394.pdf
[14] Art Moore, “Should Muslim Quran be USA’s top authority?” World-NetDaily.com, 1er mai 2003. http://www.worldnetdaily.com/news/article.asp?ARTICLE_ID=32341
[15] John Perazzo, “Hamas and Hizzoner,” FrontPageMagazine.com, 5 mars 2003. http://www.frontpagemag.com/Articles/ReadArticle.asp?ID=6473
[16] La liaison routière entre Dallas et Fort Worth forme l’axe d’une conurbation nommée Metroplex, composée de plus de trente municipalités jointives. Dallas compte près de 1,2 million d’habitants et Fort Worth plus de 500 000, mais avec les villes voisines, Metroplex totalise plus de cinq millions deux cent mille personnes. (NdT)
[17] The Dallas News blog, 17 décembre 2004
[18] Cité par Amir Taheri, Holy Terror: Inside the World of Islamic Terrorism (New York: Adler & Adler, 1987), 241-43.
[19] Cité par Amir Taheri, The Spirit of Allah: Khomeini and the Islamic Revolution (New York: Adler and Adler, 1986), 20, 45.
[20] Daniel Pipes, “Advancing U.S. National Interests Through Effective Counterterrorism,” Testimony presented to Secretary’s Open Forum, Department of State, January 30, 2002. http://www.danielpipes.org/article/428
[21] “O’Reilly Factor Flash,” August 5, 2004, http://www.billoreilly.com/pg/jsp/general/genericpage.jsp?pageID=368
[22] William Glaberson, “Defense in Terror Trial Paints a Rosier Picture of ‘Jihad,’” New York Times, 25 février 2005 http://www.nytimes.com/2005/02/25/nyregion/25sheik.html?ex=1267074000&en=6f1459fba8b0ab1a&ei=5088&partner=rssnyt
[23] Kathy Gannon, “Radical Islamic Group Growing in Asia,” Associated Press, 1er mai 2005
[24] Khalid A-H Ansari, “65% Pakistanis support Osama, says report”, Mid-Day, 27 mars 2004. http://web.mid-day.com/news/world/2004/march/79639.htm
[25] Voir notamment Bernard Lewis, “Les Assassins” (Éditions Complexe, mai 2001)

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Les Croisades: Mythe & Réalité

Les Croisades: Mythe & Réalité

On entend souvent des propos de ce type : « Les croisés traversèrent l’Europe pour se rendre au Moyen-Orient. Une fois là-bas, ils pillèrent et assassinèrent les Musulmans et les Juifs, hommes, femmes et enfants sans distinction, et forcèrent les survivants à se convertir au christianisme. Ainsi ensanglantés, ils installèrent des proto-colonies européennes au Levant, qui devaient inspirer et établir un modèle pour des multitudes de colons à venir. Les croisades furent le théâtre des premières exterminations de masse, et constituent une souillure de l’histoire de l’Église catholique, de l’Europe et de la civilisation occidentale. L’horreur fut telle que le pape Jean-Paul II finit par demander pardon au monde musulman pour les croisades. » Y a-t-il du vrai là-dedans ?

Non. Pratiquement toutes les affirmations de ce paragraphe sont fausses, bien qu’étant régulièrement avancées par de nombreux « experts ».

Mythe PC: les croisés établirent des colonies européennes au Moyen-Orient

Faisant route vers l’Orient en réponse à l’appel du pape Urbain, les principaux chefs croisés rencontrèrent l’empereur byzantin Alexis Comnène. Celui-ci persuada chacun d’entre eux d’accepter, conformément aux souhaits d’Urbain II, de rendre à l’Empire byzantin tout territoire qu’ils conquerraient. Les croisés changèrent d’avis au sujet de cet arrangement après le siège d’Antioche en 1098. Alors que le siège s’était prolongé au-delà de l’hiver et que des armées musulmanes venues de Mossoul progressaient vers la ville, les croisés attendaient que l’empereur et ses troupes viennent leur prêter main forte. Mais l’empereur avait reçu des informations indiquant que la situation des croisés à Antioche était désespérée, et fit rebrousser chemin à son armée. Ce qui fut ressenti comme une trahison par les croisés et les rendit furieux. Après avoir pris Antioche et triomphé contre toute attente, ils renièrent leurs engagements envers Alexis et commencèrent à établir leurs propres gouvernements.

Il ne s’agissait cependant pas de structures coloniales. Les états latins du Levant n’auraient certainement pas été considérés comme des « colonies » par quiconque connaissant bien la Virginie, ou l’Australie, ou les Indes orientales néerlandaises des siècles suivants. D’une façon générale, une colonie est un territoire gouverné par une puissance lointaine. Mais les états croisés n’étaient pas gouvernés depuis l’Europe de l’ouest ; les gouvernements qui s’y formèrent n’avaient de comptes à rendre à aucune puissance occidentale. Et les dirigeants croisés ne détournèrent pas les richesses de leurs contrées pour les envoyer en Europe. Ils n’avaient d’arrangement économique avec aucun pays européen. Les croisés établirent leurs états dans le but d’assurer la protection permanente des Chrétiens en Terre Sainte.

En fait, de nombreux croisés cessèrent de se considérer comme Européens. Le chroniqueur Foucher de Chartres écrit:

Considérez, je vous prie, et méditez sur la manière dont Dieu, à notre époque, a transféré l’Occident en Orient. Car nous, qui étions occidentaux, sommes maintenant devenus orientaux. Celui qui était Romain ou Franc est devenu, sur cette terre, Galiléen ou Palestinien. Celui qui était de Reims ou de Chartres est désormais citoyen de Tyr ou d’Antioche. Nous avons déjà oublié nos lieux d’origine ; nombre d’entre nous les ignorent déjà, ou en tout cas n’en parlent plus. Certains possèdent ici des demeures et des serviteurs qu’ils ont reçus par héritage. Certains ont épousé une femme venant non pas de leur peuple, mais de celui des Syriens, ou des Arméniens, ou même de Sarrasins ayant reçu la grâce du baptême. Certains ont dans ces peuples des beaux-pères, ou des beaux-fils, ou des fils adoptifs, ou des pères adoptifs.Il y a ici, aussi, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants. L’un cultive la vigne, l’autre les champs. Les expressions et les tournures les plus éloquentes de différentes langues se mêlent dans leur conversation. Des mots pris à chacune sont devenus le patrimoine commun à tous, et ceux qui ignorent leurs origines se trouvent unis dans une même foi. Comme il est dit dans les Écritures, « le lion et le bœuf mangeront de la paille ensemble ». Celui qui est né ailleurs est maintenant presque indigène ; et celui qui était de passage est maintenant un compatriote. [1]

De plus, une autre caractéristique du colonialisme, à savoir l’immigration à grande échelle de population venant du pays d’origine, ne s’est pas réalisée : aucun flux de colons n’est venu d’Europe pour s’installer dans les états croisés.

Mythe PC: la prise de Jérusalem, évènement singulier dans l’histoire médiévale, causa la défiance des Musulmans envers l’Occident

Après un siège de cinq semaines, les croisés entrèrent dans Jérusalem le 15 juillet 1099. Le compte-rendu contemporain d’un Chrétien anonyme a gravé la scène dans la mémoire du monde :

À ce moment, l’un de nos chevaliers, du nom de Liétaud, escalada le mur de la ville. Bientôt, dès qu’il fut monté, tous les défenseurs de la ville s’enfuirent des murs à travers la cité et les nôtres les suivirent et les pourchassèrent en les tuant et les sabrant jusqu’au temple de Salomon, où il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans leur sang jusqu’aux chevilles. […]L’émir qui commandait la Tour de David se rendit au comte [de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles] et lui ouvrit la porte à laquelle les pèlerins avaient coutume de payer tribut. Entrés dans la ville, nos pèlerins poursuivaient et massacraient les Sarrasins jusqu’au temple de Salomon, où ils s’étaient rassemblés et où ils livrèrent aux nôtres le plus furieux combat pendant toute la journée, au point que le temple tout entier ruisselait de leur sang. Enfin, après avoir enfoncé les païens, les nôtres saisirent dans le temple un grand nombre d’hommes et de femmes, et ils tuèrent ou laissèrent vivant qui bon leur semblait. Au-dessus du temple de Salomon s’était réfugié un groupe nombreux de païens des deux sexes, auxquels Tancrède et Gaston de Béarn avaient donné leurs bannières [pour les protéger]. Les croisés coururent bientôt par toute la ville, raflant l’or, l’argent, les chevaux, les mulets et pillant les maisons, qui regorgeaient de richesses. Puis, tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent adorer le Sépulcre de notre Sauveur Jésus et s’acquittèrent de leur dette envers lui.[2]

Lire un compte rendu enthousiaste d’un massacre si gratuit heurte nos sensibilités modernes ; telle est la différence existant entre les attitudes et les principes d’antan et d’aujourd’hui. De façon similaire, trois des principaux chefs de la croisade, Daimbert, archevêque de Pise, Godefroi, duc de Bouillon, et Raymond, comte de Toulouse, se vantent des exploits accomplis par les croisés à Jérusalem dans une lettre adressée au pape Pascal II en septembre 1099 : « Si vous désirez savoir quel sort fut réservé aux Infidèles qui s’y trouvaient, sachez que, dans le portique et le temple de Salomon, les cavaliers s’avançaient dans le sang des Sarrasins qui s’élevait jusqu’aux genoux de leurs chevaux. » [3] Fait significatif : Godefroi lui-même, l’un des chefs de croisade les plus respectés, ne prit pas part à cette boucherie ; peut-être était-il plus conscient que les simples soldats de ce que ce comportement trahissait les principes des croisés.

Baudri, évêque de Dol et auteur d’une Histoire de Jérusalem au début du XIIème siècle, rapporte que les croisés tuèrent entre vingt et trente mille personnes dans la ville. [4] C’est probablement une exagération, mais les sources musulmanes citent des chiffres encore plus élevés. Bien que les plus anciennes d’entre elles ne donnent pas de décompte, Ibn al-Jawzi, écrivant une centaine d’années après les faits, dit que les croisés « tuèrent plus de septante mille Musulmans » dans la mosquée d’al-Aqsa. Ibn al-Athîr, un contemporain de Saladin, le chef musulman qui remporta d’impressionnantes victoires contre les croisés à la fin du XIIème siècle, donne les mêmes chiffres. [5] Mais l’historien du XVème siècle Ibn Taghribirdi consigne cent mille victimes. L’ampleur de ce massacre a crû au cours des siècles, au point que l’ancien président des États-Unis Bill Clinton raconta en novembre 2001 à Georgetown, dans une université catholique de premier plan, que les croisés ne se contentèrent pas de tuer tout soldat ou tout homme musulman, mais aussi « toutes les femmes et tous les enfants de religion musulmane trouvés sur le mont du Temple » jusqu’à ce que le sang ruisselle non pas jusqu’à leurs chevilles, comme rapporté par l’anonyme chroniqueur chrétien, mais « jusqu’aux genoux », reprenant les mots de Daimbert, Godefroi et Raymond. [6]

Cette atrocité, cet outrage, fut – on nous l’a dit et répété – le « point de départ d’une hostilité millénaire entre l’Islam et l’Occident ». [7] Il serait peut-être plus exact de dire que ce fut le point de départ d’un millénaire de diffusion de revendications anti-occidentales et de propagande. Le sac de Jérusalem par les croisés fut un crime odieux – particulièrement si on l’examine à la lumière des principes moraux et religieux qu’ils proclamaient soutenir. Cependant, selon les usages militaires de l’époque, il ne fut pas extraordinaire. En ces temps-là, c’était un principe de guerre couramment accepté que si une ville assiégée résistait à la capture, elle pouvait être mise à sac, et que si elle se rendait, on pouvait user de pitié. Quelques récits relatent que les croisés promirent aux habitants de Jérusalem qu’ils seraient épargnés, puis qu’ils revinrent sur leur promesse. D’autres nous disent qu’ils permirent à nombre de Juifs et de Musulmans de quitter la ville en sécurité. Le comte Raymond de Toulouse donna personnellement son sauf-conduit au gouverneur fatimide de Jérusalem, Iftikhar ad-Dawla. [8] Dans l’esprit d’un croisé, quand de telles garanties ont été données [à ceux qui se sont rendus], ceux qui restent dans la ville sont d’autant plus susceptibles d’être identifiés avec la résistance – et de le payer de leur vie. [9]

Et qu’en est-il de ces flots de sang arrivant aux chevilles ou au genoux ? Ce sont des effets de rhétorique. Et c’est ce que tout le monde aura compris à l’époque où les chroniqueurs chrétiens et les chefs de la croisade louaient l’exploit. En fait, de tels flots ne sont même pas physiquement possibles. La population de Jérusalem tout entière n’aurait pu saigner autant, même en admettant qu’elle ait été remplie de réfugiés des régions environnantes. Le fait que le pillage de Jérusalem ne sorte pas vraiment de l’ordinaire explique probablement le laconisme des premiers récits musulmans concernant cet épisode. Vers 1160, deux chroniqueurs syriens, al-‘Azimi et Ibn al-Qalanissi, décrivirent l’évènement chacun de leur côté. Aucun n’offre d’estimation du nombre de victimes. Al-‘Azimi dit seulement que les croisés « se tournèrent vers Jérusalem et l’enlevèrent des mains des Égyptiens. Godefroi la prit. Ils brûlèrent l’église des Juifs. » Ibn al-Qalanissi ajoute quelques détails : « Les Francs donnèrent l’assaut à la ville et en prirent possession. Un certain nombre des citadins se réfugièrent dans le sanctuaire et bien des gens furent tués. Les Juifs se rassemblèrent dans leur synagogue, et les Francs les y brûlèrent vifs. Le sanctuaire, assuré de se voir en sécurité, se rendit à eux le 22 chaaban [14 juillet], et ils détruisirent les lieux saints et le tombeau d’Abraham ». [10] Ce n’est que plus tard que les écrivains musulmans réalisèrent la valeur de propagande que pouvait revêtir le fait de souligner (et de gonfler) le nombre des morts.

Quoi qu’il en soit, il est bien attesté que les armées musulmanes se sont souvent comportées exactement de la même façon en pénétrant dans une ville conquise. Ce n’est pas pour excuser la conduite des croisés en montrant des incidents similaires et en suggérant que « tout le monde le faisait », comme les apologistes islamiques le font fréquemment lorsqu’ils sont confrontés aux réalités du terrorisme jihadiste moderne. Une atrocité n’en excuse aucune autre. Mais cela montre que le comportement des croisés à Jérusalem fut comparable à celui d’autres armées de la même époque – puisque tous souscrivaient aux mêmes règles de siège et de résistance.

Ainsi, en 1148, le commandant musulman Nur ed-Din n’hésita pas à donner l’ordre de tuer tout Chrétien à Alep. En 1268, lorsque les forces jihadistes du sultan mamelouk Baybars prirent Antioche aux croisés, Baybars fut ennuyé de découvrir que le dirigeant latin, le comte Bohémond IV, avait déjà quitté la cité. Il lui écrivit pour s’assurer qu’il ait connaissance de ce que ses troupes avaient commis à Antioche :

Que n’as-tu vu tes chevaliers prosternés sous les sabots des chevaux, tes demeures subir l’assaut des pillards et saccagées par eux, tes richesses pesées au quintal, tes dames vendues par quatre et achetées pour un dinar de ton propre argent ! Tu aurais vu les croix de vos églises brisées, les pages des faux Testaments éparpillées, les tombeaux des patriarches retournés. Tu aurais vu ton ennemi musulman piétiner l’endroit où vous célébrez la messe, couper la gorge des moines, des prêtres et des diacres sur les autels, amener une mort brutale aux patriarches et l’esclavage aux princes royaux. Tu aurais vu le feu parcourir tes palais, tes morts brûler en ce monde avant de tomber dans les feux du suivant, ton palais rendu méconnaissable, l’église Saint-Paul et la cathédrale Saint-Pierre démolies et détruites ; alors tu aurais dit, « Que ne suis-je poussière, et qu’aucune lettre ne m’ait jamais amené de telles nouvelles! » [11]

La plus célèbre de toutes est peut-être la prise de Constantinople par les jihadistes le 29 mai 1453, lorsque – tout comme les croisés en 1099 à Jérusalem – les attaquants vinrent à bout de la résistance au terme d’un siège prolongé. Ici coulent à nouveau des rivières de sang, comme le note l’historien Steven Runciman. Les soldats musulmans « tuèrent toute personne qu’ils trouvèrent dans les rues, hommes, femmes, enfants, sans discrimination. Le sang ruisselait depuis les rues escarpées des hauteurs de Petra jusqu’à la Corne d’Or. Mais bientôt le désir de massacre fut assouvi. Les soldats réalisèrent que des captifs et des objets précieux leur apporteraient un plus grand bénéfice ». [12]

Comme les croisés, qui violèrent les sanctuaires à la fois de la synagogue et de la mosquée, les Musulmans saccagèrent couvents et monastères, les vidant de leurs habitants, et pillèrent les résidences des particuliers. Ils pénétrèrent dans Sainte-Sophie, qui pendant près de mille ans avait été la plus majestueuse des églises de la Chrétienté. Les fidèles s’étaient rassemblés dans ses murs bénis pour prier durant les ultimes souffrances de la ville. Les Musulmans interrompirent la célébration de l’orthros (matînes), et les prêtres, selon la légende, emportèrent la vaisselle sacrée et disparurent dans la muraille orientale de la cathédrale, par laquelle ils reviendront un jour achever le service divin. Les plus âgés et les plus faibles furent mis à mort, les autres réduits en esclavage.

Lorsque le massacre et le pillage furent terminés, le sultan ottoman Mehmet II ordonna à un clerc islamique de monter en chaire à Sainte-Sophie et d’y proclamer le credo musulman (« il n’y a de dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète »). La magnifique vieille église devint mosquée ; des centaines d’autres, à Constantinople et ailleurs, subirent le même sort. Des millions de Chrétiens rejoignirent les misérables rangs des dhimmis ; d’autres furent asservis, et un grand nombre martyrisés.

Mythe PC: Le chef musulman Saladin était plus clément et magnanime que les croisés

L’une des plus célèbres figures des croisades est le guerrier musulman Saladin, qui rassembla une grande partie du monde islamique derrière lui et infligea de lourds revers aux croisés. À notre époque, Saladin est devenu le prototype du guerrier musulman tolérant et magnanime, la « preuve » historique de la noblesse de l’Islam et même de sa supériorité sur le mauvais Christianisme, occidental et colonialiste. Dans « Les Croisades vues par les Arabes », Amin Maalouf présente les croisés comme à peine plus que des sauvages, qui se gorgent même de la chair de leurs victimes. Mais Saladin ! « Il était toujours affable avec ses visiteurs, insistant pour les retenir à manger, les traitant avec tous les honneurs, même s’ils étaient des infidèles, et satisfaisant à toutes leurs demandes. Il ne pouvait accepter que quelqu’un vienne à lui et reparte déçu, et certains n’hésitaient pas à en profiter. Un jour, au cours d’une trêve avec les Franj [les Francs], le ‹ brins ›, seigneur d’Antioche, arriva à l’improviste devant la tente de Salaheddin et lui demanda de lui rendre une région que le sultan lui avait prise quatre ans plus tôt. Il la lui donna ! » [13] L’adorable nigaud ! Si on la lui avait demandée gentiment, il aurait peut-être donné la Terre Sainte toute entière !

En un sens, c’est vrai : Saladin se mit en campagne contre Jérusalem en 1187 parce que des croisés commandés par Renaud de Châtillon, ayant peut-être médité sur l’exemple du prophète Mahomet, s’étaient eux aussi mis à piller des caravanes, mais des caravanes musulmanes dans le cas présent. Les dirigeants chrétiens de Jérusalem ordonnèrent à Renaud de cesser, parce qu’ils savaient que ses agissements mettaient en danger la survie même du royaume. Mais il continua ; à la fin, Saladin, qui cherchait un prétexte pour entrer en guerre avec les Chrétiens, trouva motif à agir dans les incursions de Renaud. [14]

On fait grand cas de ce que Saladin traita les Chrétiens de Jérusalem avec magnanimité lorsqu’il reprit la ville en Octobre 1187 – en net contraste avec le comportement des croisés en 1099. Cependant, le vrai Saladin ne fut pas le proto-multiculturaliste, sorte de Nelson Mandela avant la lettre, qu’on fait de lui aujourd’hui. Lorsque ses troupes défirent les croisés de manière décisive à Hattin le 4 juillet 1187, il décréta l’exécution en masse de ses adversaires chrétiens. Selon son secrétaire, Imad ed-Din, Saladin « ordonna qu’ils soient décapités [conformément au verset coranique 47:4, « Lorsque vous rencontrez les incrédules, frappez-les à la nuque (…) »], choisissant de les voir morts plutôt qu’emprisonnés. Un cortège d’érudits islamiques et de soufis et un certain nombre d’hommes dévots et ascétiques l’accompagnaient ; chacun d’entre eux sollicitait d’être autorisé à participer à l’exécution, et tirait son sabre, et remontait ses manches. Saladin, le visage gai, siégeait sur son estrade ; les infidèles affichaient un noir désespoir ». [15]

En outre, quand Saladin et ses hommes entrèrent dans Jérusalem peu de temps après, leur magnanimité n’était guère que du pragmatisme. Il avait initialement prévu de mettre à mort tous les Chrétiens de la cité. Toutefois, il céda devant les avertissements du commandant chrétien de Jérusalem, Balian d’Ibelin, qui menaçait de détruire la ville et d’y tuer tous les Musulmans avant que Saladin n’y pénètre. Une fois dans la place, il réduisit néanmoins en esclavage nombre de Chrétiens qui n’avaient pas les moyens d’acheter leur sortie. [16]

Mythe PC : les Croisades furent lancées non seulement contre les Musulmans, mais aussi contre les Juifs

Il est malheureusement vrai que les croisés prirent les Juifs pour cible en plusieurs occasions. Certains groupes de croisés se sont crus autorisés à se détourner de la mission qui leur avait été assignée par le pape Urbain. Lors de la première croisade, excités par des prédicateurs antisémites, un contingent d’hommes qui faisaient route vers l’Orient se mirent à terroriser et à massacrer les Juifs d’Europe. Le comte Emich de Leiningen et ses troupes parcoururent la Rhénanie, tuant et pillant les communautés juives de cinq villes : Spire, Worms, Mayence, Trèves et Cologne. Certains évêques locaux tentèrent d’éviter ces massacres, et le comte Emich et sa suite trouvèrent finalement la mort en tentant d’étendre leur pogrom en Hongrie. Toutefois, le mal était fait ; les échos de ces « exploits » parvinrent au Moyen-Orient et décidèrent nombre de Juifs à s’allier avec les Musulmans et à combattre les croisés. Cinquante ans après, d’autres hommes, liés à la seconde croisade, reprirent le massacre de Juifs en Rhénanie.

Tout ceci est inexcusable, et constitue de plus une énorme erreur de jugement.

Il aurait été beaucoup plus sage de la part des croisés de voir dans les Juifs, confrères dhimmis, des alliés naturels dans la résistance au jihad islamique. Les Musulmans traitaient Juifs et Chrétiens à peu près de la même manière : mal. Il est dommage qu’aucun des deux groupes ne vit jamais en l’autre un compagnon d’infortune de la dhimmitude et un associé potentiel dans la lutte contre l’oppression. Cependant, même de nos jours, huit cents ans après la dernière croisade, ce genre de raisonnement reste rare, et il est donc peut-être injuste de l’attendre de la part des croisés.

De toute façon, peut-on dire que le mauvais traitement des Juifs a constitué un trait caractéristique des croisades en général ? Pas selon les sources historiques. L’appel à la première croisade d’Urbain II lors du concile de Clermont ne dit pas un mot des Juifs, et le clergé fut le principal adversaire d’Emich de Leiningen. En fait, le pape Urbain lui-même condamna les attaques du comte. Bernard de Clairvaux, l’un des principaux planificateurs de la deuxième croisade, se rendit en Rhénanie et mit fin lui-même aux persécutions dont étaient victimes les Juifs, déclarant : « Les Juifs ne doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la divine Écriture. Que lit-on de prophétisé dans le Psaume, au sujet des Juifs ? Dieu, dit l’Église, m’a donné une leçon au sujet de mes ennemis : ‹ ne les tuez pas, de crainte que mes peuples ne m’oublient.› » [17] Les papes et les évêques appelèrent à maintes reprises à ce que l’on cesse de maltraiter les Juifs.

Même après le carnage et le massacre des Juifs lors de la prise de Jérusalem, durant la période d’existence des états latins d’Outre-mer, les Juifs préférèrent en général vivre dans les zones contrôlées par les Francs, et ce en dépit de l’indéniable hostilité que les Chrétiens d’Europe manifestaient à leur égard. [18] Ils savaient que le sort qui les attendait dans les territoires musulmans était pire encore.

Mythe PC : Les croisades furent plus sanglantes que les campagnes de jihads islamiques.

Les croisés commirent un massacre à Jérusalem; Saladin et ses troupes non. C’est devenu emblématique de ce que la culture populaire sait des croisades: oui, les Musulmans conquéraient, mais les habitants des pays vaincus leur faisaient bon accueil. Ils étaient justes et magnanimes envers les minorités religieuses de leurs territoires. Par contre, les croisés étaient sanguinaires, rapaces, et impitoyables.

Nous avons montré que ce que la culture populaire dit sur ce sujet était complètement erroné. Saladin ne s’abstint de massacrer les habitants de Jérusalem que par pragmatisme, et les conquérants musulmans ont aisément égalé et surpassé la cruauté des croisés à Jérusalem en plusieurs occasions. Les conquérants musulmans n’étaient pas les bienvenus, mais se voyaient opposer une résistance tenace, et y répondaient avec une extrême brutalité. Une fois au pouvoir, ils instauraient de dures mesures répressives contre les minorités religieuses.

Le pape a-t-il demandé pardon pour les croisades?

« Très bien », pourriez-vous dire, « mais en dépit de tout que vous racontez, les croisades restent une tache sur la réputation de la civilisation occidentale. Après tout, même le pape Jean Paul II a présenté des excuses à leur sujet. Pourquoi aurait-il fait cela si elles n’étaient pas considérées aujourd’hui comme des actions réprimandables ? »

L’idée que le pape Jean Paul II ait demandé pardon pour les croisades est en effet très répandue. À sa mort, le Washington Post rappela à ses lecteurs que « durant son long pontificat, Jean Paul II présenta ses excuses aux Musulmans pour les croisades, aux Juifs pour l’antisémitisme, aux Orthodoxes pour le sac de Constantinople, aux Italiens pour les liens du Vatican avec la Mafia et à la communauté scientifique pour la persécution de Galilée. » [19]

Vaste liste, mais Jean Paul II ne demanda jamais pardon pour les croisades. La chose qui s’en rapproche le plus que l’on puisse trouver est cet extrait de son homélie du 12 mars 2000, « journée du Pardon » : « nous ne pouvons manquer de reconnaître les infidélités à l’Évangile qu’ont commises certains de nos frères, en particulier au cours du second millénaire. Demandons pardon pour les divisions qui sont intervenues parmi les chrétiens, pour la violence à laquelle certains d’entre d’eux ont eu recours dans le service à la vérité, et pour les attitudes de méfiance et d’hostilité adoptées parfois à l’égard des fidèles des autres religions. » [20] On ne peut pas dire que cela constitue des excuses explicites pour les croisades. Quoiqu’il en soit, au vu de la véritable histoire des croisades, de telles excuses ne se justifient pas.

Les croisés ne méritent pas la condamnation du monde, mais plutôt – comme nous allons le voir – sa gratitude.

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[1] Foucher de Chartres, « Historia Hierosolymitana », Livre III chapitre 37, dans « Recueil des historiens des croisades, historiens occidentaux », p. 468.
[2] « Histoire anonyme de la première croisade », éditée et traduite par Louis Bréhier, Paris, Éditions “Les Belles Lettres”, 1964 (1924), pp. 195-207.
[3] « Inventaire des lettres historiques des croisades », Archives de l’Orient Latin, New York, AMS Press, 1978 (1881), pp. 201-204. Traduction prise dans J.F.A. Peyré, « Histoire de la Première Croisade », Paris, Aug. Durand, 1859, vol. 2, pp. 494-498.
[4] Moshe Gil, « A History of Palestine 634-1099 », Cambridge University Press, 1992, p. 827.
[5] Francesco Gabrieli, « Chroniques arabes des Croisades», Actes Sud, 197x, p.xx. Aussi chez Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, chap. 3 (p. 69 dans l’édition de poche chez J’ai Lu)
[6] Discours tenu par B. Clinton à l’Université de Harvard le 19 novembre 2001
[7] Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, prologue à l’ouvrage (p. 10 dans l’édition de poche chez J’ai Lu)
[8] Jacques Heers, « La première croisade – Libérer Jérusalem 1095-1107 », éditions Perrin, collection Tempus, 1995, p. 225.
[9] Les croisés reniant leur promesse, voir Moshe Gil, « A History of Palestine 634-1099 », Cambridge University Press, 1992, p. 827. Les croisés laissant s’enfuir certains, voir Thomas F. Madden, « The New Concise History of the Crusades », Rowman & Littlefield, 2005, p. 34.
[10] Cité par C. Hillenbrand, « The Crusades: Islamic Perspectives », Oxford: Routledge, 2000, p. 64-65. Aussi en version écourtée chez Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, chap. 3 (p. 69 dans l’édition de poche chez J’ai Lu)
[11] Francesco Gabrieli, « Chroniques arabes des Croisades », Actes Sud, 197x, p. 3xx. Aussi en version écourtée chez Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, chap. 14 (p. 285 dans l’édition de poche chez J’ai Lu)
[12] Steven Runciman, « The Fall of Constantinople 1453 », Cambridge University Press, 1965, p. 145. Voir aussi Jacques Heers, « Chute et mort de Constantinople 1204-1453 », éditions Perrin, 2005, p. 254.
[13] Amin Maalouf, «Les Croisades vues par les Arabes», 1983, chap. 10 (p. 208 dans l’édition de poche chez J’ai Lu)
[14] Thomas F. Madden, « The New Concise History of the Crusades », Rowman & Littlefield, 2005, p. 74.
[15] Thomas F. Madden, « The New Concise History of the Crusades », Rowman & Littlefield, 2005, p. 76.
[16] Thomas F. Madden, « The New Concise History of the Crusades », Rowman & Littlefield, 2005, p. 78.
[17] St Bernard de Clairvaux, « lettre 363 adressée au clergé d’Occident»,
[18] Jonathan Riley-Smith, « The Oxford Illustrated History of the Crusades », Oxford University Press, 1997, 116.
[19] Alan Cooperman, « For Victims, Strong Words Were Not Enough», Washington Post, 3 avril 2005.
[20] Pape Jean Paul II, « Messe pour la journée du Pardon de l’année sainte 2000 », 12 mars 2000

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